La charge de preuve [1/3]

26 février 2017

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Dans un article précédent, je parlais d’une croyance selon laquelle la sociologie se doit d’être une science « molle » parce qu’elle s’intéresse à des objets et des phénomènes « mous ». Je m’appuyais pour cela sur une citation de Mme D, sociologue, et j’affirmais alors, mais sans m’étendre sur le sujet, que la charge de preuve lui revenait.

Qu’est-ce que la charge de preuve ? Imaginons deux personnes A et B en désaccord autour d’un énoncé. Par exemple, A pense qu’il existe des corbeaux blancs, et B ne le croit pas. Pour B, tous les corbeaux sont noirs. La situation peut sembler symétrique, et on pourrait se dire que les deux personnes auraient légitimement le droit de réclamer une preuve à la partie adverse.

On peut, presque immédiatement, prouver que certains corbeaux sont noirs. Mais il est beaucoup plus difficile de prouver que tous les corbeaux sont noirs. Cela nécessiterait littéralement de réunir tous les corbeaux du monde. Et même si B y parvenait, A pourrait simplement répondre que « Non, il en manque un : le corbeau blanc ».

D’une manière générale, il est beaucoup plus difficile de prouver l’existence que la non-existence. Il suffit à A de montrer un seul corbeau blanc pour avoir gagné. On considérera donc que c’est A qui a la charge de preuve, c’est à dire que c’est ce que dit A qui doit être considéré comme « faux jusqu’à preuve du contraire ».

Comment cela s’applique-t-il  à Mme D et moi ? Elle affirme « La réalité est molle », et j’affirme « La réalité est dure ». À nouveau, la situation peut sembler symétrique. À qui revient la charge de preuve ?

***

Commençons par définir les termes. Quand Mme D parle de réalité, on peut raisonnablement supposer qu’elle entend par là « la portion de réalité qui contient le phénomène dont on parle ». Je ne pense pas que son affirmation prétendait s’étendre à tout l’univers.

La définition de la mollesse est plus épineuse[1]. Je ne me sens pas légitime pour affirmer avec certitude quelle signification Mme D mettait derrière ce terme, dans ce contexte. Ma supposition est qu’elle utilise probablement une définition proche de celle-ci :

Un phénomène est mou quand il ne peut pas être décrit correctement par un nombre fini d’énoncés causaux

Cette définition est tellement floue en l’état qu’elle mérite un article à elle toute seule. Mais elle sera suffisante comme première approximation pour mener à terme mon raisonnement. Ainsi, je ne pense pas que Mme D incluait in petto l’orbite de Jupiter dans ce qu’elle a alors désigné comme une « réalité molle ».

Reformulons donc, avec prudence, la position de Mme D : Il existe des sous-parties de la réalité qui ont l’attribut [mou]. De mon côté, j’affirme que l’univers tout entier est dur. Cela peut sembler être une affirmation extraordinaire, réclamant une preuve extraordinaire. Mais ma position est en fait équivalente à celle du personnage B. J’ai vu, et je suis capable de montrer des phénomènes qui peuvent être décrits correctement par un nombre fini d’énoncés logiques causaux. Mme D prétend avoir vu un « corbeau blanc », c’est-à-dire dans notre cas un phénomène mou : la charge de preuve lui revient.

Suite : Partie 2/3 : comment dépasser la charge de preuve ?


[1] Je m’étonne ici de ne pas m’y être attelé plus tôt, tant il s’agit d’une notion-clé dans les articles précédents.

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