Réalité [partie 1/?] : Croyance dans le réel.

1 février 2017

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La pratique de la sociologie s’accompagne de révélations douloureuses, similaires à celle que connaissent les enfants au sujet du Père Noël.

On pourrait se dire que le Père Noël possède une forme d’existence, dans la mesure où beaucoup de discours et de pratiques gravitent autour d’un objet « Père Noël ». Le simple fait que certaines personnes y croient entraîne qu’il est impossible de pleinement « raconter » ces personnes sans parler de l’objet « Père Noël ». C’est pourquoi le Père Noël, ou plutôt la croyance au Père Noël, est un objet de sociologie. Mais c’est un objet qui ne se trouve nulle part dans le monde réel[1].

Le sociologue en herbe verra, à l’instar d’un enfant qui grandit et est forcé de reconsidérer son rapport au Père Noël, certains de ses savoirs ramenés à l’état de croyances. C’est un processus douloureux, et les croyances impliquées se « défendent ». On pourrait d’ailleurs en faire une litanie, tant ces croyances sont tenaces dans leur apparence de savoir :

- Il n’est pas de loi humaine, seulement la croyance en une loi humaine

- Il n’est pas de normalité, seulement la croyance dans une norme

- Il n’est pas de bien ni de mal, seulement la croyance en un bien et un mal

- Il n’est pas de pays ni de frontière, seulement la croyance en un découpage

- Il n’est pas de possession matérielle, seulement la croyance en une légitimité

Tous les objets susmentionnés disparaissent si plus personne n’y croit. Voilà qui chamboule jusqu’aux phrases de la vie de tous les jours, de « J’habite ici » jusqu’à « Je fais mon devoir », en passant par « Bonjour, une baguette s’il vous plaît ».

***

Une fois que toutes ces informations ont été intériorisées, le sociologue en herbe est en droit de se demander « Et le réel, alors ? Existe-t-il en dehors de la croyance ? »

Il semblerait que oui. S’il est vrai que la Terre a existé avant la vie, alors elle précède nécessairement la croyance. Elle existait alors que personne n’était en vie pour y croire. C’est donc un objet « réel », objets qui appartiennent traditionnellement aux sciences dites « de la Nature ».

Au risque de passer pour un mauvais plagiat de Descartes, j’affirme ici que les croyances sont aussi des objets – peut-être les seuls ! – dont on ne peut pas douter de l’existence. Si leur contenu peut être fictif, les croyances elles-mêmes sont indubitablement réelles.

Je propose donc dans cette méthode d’en faire une grandeur fondamentale de la sociologie dure.

***

Supposons à présent, pour le bien de la démonstration que les phénomènes sociaux ne se produisent pas dans le monde réel[2]. Supposons qu’ils aient lieu, par exemple, dans un autre « plan », insaisissable et inconnaissable au sens des sciences de la nature. Peut-être sont-ils magiques, au point qu’il serait impossible de les ramener à un nombre fini d’énoncés causaux.

Dans ce cas de figure, les sciences de la nature pourraient-elles alors prétendre disposer d’outils et concepts pertinents pour décrire les phénomènes sociaux ? À nouveau il semblerait que la réponse soit oui, à une condition toutefois : il faut pour cela qu’il soit possible d’extraire une connaissance fiable sur le social, même minime. Si c’est possible, juste un peu, alors au travers d’outils statistiques, des concepts d’ordre de grandeur, du découpage toujours plus fin des méta-concepts en sous catégories, on pourra fournir une approximation raisonnable d’un modèle explicatif, et ce même s’il porte sur une situation en apparence chaotique.

Mais s’il devait s’avérer qu’il est impossible de dégager de la connaissance fiable sur le social, si le monde social est magique et échappe à la causalité, alors les disciplines que sont la sociologie classique et la sociologie dure sont des exercices vains.

***

CONCLUSIONS

- Un monde réel existe, et certains objets de sociologie s’y trouvent : les croyances.

- Jusqu’à preuve du contraire, les phénomènes sociaux ne sont pas magiques et ont lieu dans le monde réel. Ils obéissent donc à des lois causales.

- Si la sociologie dure est une entreprise vaine, alors la sociologie classique l’est aussi.

 


[1] Cette dernière affirmation n’est pas exactement vraie : il est probable qu’une croyance laisse une empreinte dans les réseaux neuronaux.

[2] Ceci n’est bien sûr qu’une expérience de pensée. Si quelqu’un voulait affirmer que c’est le cas, la charge de preuve lui reviendrait

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